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11 vaccins pour tous les bébés

7 questions pour comprendre les nouvelles obligations vaccinales

L’année 2018 va être celle des grands changements pour le calendrier vaccinal des nourrissons avec l’élargissement de l’obligation vaccinale. La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a annoncé que le nombre de vaccins obligatoires passait de trois à onze (lire notre article Vaccins, vers une nouvelle polémique ?). Cette annonce a suscité de nombreuses réactions négatives. Notre expert en pédiatrie, Éric Osika, répond à nos questions et donne son avis d'expert. De quoi rassurer plus d'un parent !

1. Pouvez-vous rappeler aux parents quels seront prochainement les vaccins obligatoires ?

Il s’agit des vaccins qui constituaient déjà le calendrier vaccinal recommandé pour les nourrissons (lire notre article Calendrier vaccinal 2017: quels changements pour la vaccination des enfants?). Pour les nourrissons à venir, le calendrier vaccinal ne changera pas. Dans la grande majorité des cas, les enfants sont déjà vaccinés. Il n’y aura donc pas ou très peu de vaccinations à faire. Cependant, je remarque souvent que le vaccin contre le méningocoque de type C est peu prescrit car la recommandation pour cette vaccination est assez récente. Il sera donc nécessaire d’y remédier.

Les autres vaccins obligatoires sont la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite, mais aussi, la rougeole, les oreillons, la rubéole, le pneumocoque, la coqueluche, l'haemophilus B et l'hépatite B.

2. Quelle est votre position de pédiatre face à la mise en place de cette obligation vaccinale prévue pour janvier 2018 ?

De mon point de vue de pédiatre, la vaccination des tout-petits est un objectif prioritaire. Il n'y a rien de plus terrible pour nous que de voir des enfants souffrir de maladies voire d’en mourir, alors que celles-ci auraient pu être évitées par un vaccin. La situation manquait jusqu’alors de clarté : trois vaccins obligatoires seulement (Diphtérie, Tétanos et Poliomyélite) à côté de 9 vaccins recommandés (si l’on compte le vaccin contre le papillomavirus proposé aux jeunes filles de 11 ans). C’est le terme de « recommandé » qui ne me convenait pas car ce sont des vaccins essentiels, indispensables pour protéger nos enfants contre des maladies graves. Cette notion était mal comprise par les parents. Les parents pouvaient, en effet, avoir le sentiment que ces vaccins étaient moins importants. La diffusion de certains effets secondaires sur Internet a souvent inquiété, voire déconcerté plus d'un parent. A partir de janvier 2018 les ambiguïtés seront levées : ce sont onze vaccins importants et donc obligatoires.

3. Que pensez-vous de ces risques d'effets secondaires ? Que pouvez-vous dire aux parents ?

Les effets secondaires sont surveillés dans le monde entier et restent heureusement exceptionnels. Je ne fais pas partie des ultras pro vaccinations qui n’acceptent aucune remise en cause. Bien sûr, il s’agit d’une stimulation immunitaire (quel que soit le vaccin c’est toujours le cas). Il est dommage qu’il soit nécessaire d’ajouter de l’aluminium (en toute petite quantité) pour améliorer leur efficacité. Mais ces vaccins protègent contre des maladies pour lesquelles nous n’avons parfois aucun traitement (la rougeole par exemple) et nous ne savons pas aujourd’hui fabriquer des vaccins efficaces sans aluminium. Le rapport entre le bénéfice à vacciner et les risques de vacciner est encore aujourd’hui très en faveur des vaccins. Je suis frappé d’ailleurs de constater que peu de questions sont posées sur les médicaments ou les antibiotiques alors que ce rapport bénéfice/risque est dans beaucoup de cas, nettement moins favorable.

4. Certains parents trouvent que cela fait beaucoup de vaccins en même temps. Qu'en pensez-vous ?

C’est une remarque souvent entendue, avec la crainte d’une trop forte stimulation antigénique, alors que les choses sont plus complexes. Il faut savoir que nous vaccinons de mieux en mieux. Il y a cinquante ans, nous vaccinions les enfants contre la coqueluche avec un vaccin entier. C’était l’ensemble de la bactérie qui était dans le vaccin (soit près de 60 antigènes différents). Il n’était d'ailleurs pas très bien toléré par les enfants. Ils étaient très fébriles. Certains souffraient des effets de la vaccination les jours suivants. Depuis dix ans environ, nous disposons d’un vaccin constitué de trois antigènes les plus fréquents. La stimulation antigénique est nettement moindre et le vaccin mieux toléré. D’ailleurs cette ancienne crainte a déjà été évaluée par le passé. Aucune étude n’a montré une diminution de l’immunité après la vaccination.

5. En pratique, comment cela va-t-il se passer ?

En France, pour l’instant, la ministre de la santé, Agnès Buzyn, n’a pas donné de détails sur les conditions précises concernant l'application de cette nouvelle mesure vaccinale. Quelques éléments se dessinent dans les premières déclarations mais elles doivent être confirmées :

  • L’obligation vaccinale ne concernera que les enfants de moins de deux ans (sans effet rétroactif donc pour les enfants plus vieux)
  • Il n’y aura pas d’exemption à l’obligation vaccinale. Cela repose notamment sur les échecs de la politique vaccinale américaine. Aux Etats Unis, l’obligation vaccinale existe mais s’accompagne de clauses d’exception (notamment religieuses). La couverture vaccinale s’est progressivement détériorée et est devenue insuffisante. Certains états sont donc contraints de supprimer cette possibilité d’échapper à la loi.
  • Il n’y aura pas d’amende en cas de refus vaccinal. Les sanctions seront limitées au refus d’entrée en collectivité. Les premières vérifications n’auront toutefois lieu qu’à partir du 1er juin 2018. En clair, c’est la crainte d’une exclusion du système éducatif qui devra convaincre les parents récalcitrants.

6. Pour les parents dont l'enfant est plus âgé, doivent-ils mettre à jour les vaccins manquants de leur enfant ou bien suivre le rythme initialement imposé ?

Les parents doivent savoir que le calendrier vaccinal est inchangé pour les plus grands, à savoir les plus de deux ans. Les onze vaccins sont recommandés sans obligation. Mais, bien qu'ils soient recommandés, ils restent indispensables pour la santé de votre enfant. Pour les tout-petits, ils sont devenus obligatoires. Vous devriez donc en parler directement avec votre médecin pour choisir la meilleure solution pour votre enfant.

7. Comment font les autres pays européens ?

Effectivement l’obligation vaccinale peut apparaitre comme à contre-courant des politiques de santé actuelle. La décision de la ministre correspond aux recommandations du Comité d’Orientation de la Concertation Citoyenne sur la Vaccination rendues publiques le 30 novembre 2016. Nous ne sommes pas les seuls dans cette voie. D’autres pays sont aussi très touchés par la méfiance anti vaccinale. En Italie par exemple, douze vaccins sont maintenant obligatoires. En Allemagne, les autorités ont dû faire face à une épidémie de rougeole en raison d’une baisse de la couverture vaccinale. Elles se sont résolues à mettre en place une amende élevée en cas de refus vaccinal.

La question de la vaccination touche aujourd'hui de nombreux enfants. Cette nouvelle procédure vaccinale est un moyen de sensibiliser les parents sur la question et de protéger et sécuriser aux mieux les nourrissons, si fragiles lors de leurs premières années de vie.

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, Pédiatre
Eric Osika est pédiatre avec une activité libérale et une activité de pédiatre attaché dans le service de pédiatrie de l'hôpital Saint-Camille à Bry-sur-Marne. Ancien rédacteur en chef de la revue...
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