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Les conseils de Nathalie Parent, présidente de la EFA

Vouloir adopter un enfant aujourd'hui? Un processus long et difficile

Nathalie Parent est présidente de la Fédération Enfance & Familles d'Adoption (EFA), regroupant 92 associations départementales et 7000 familles adhérentes postulantes, toutes familles ayant déjà adopté et adoptés majeurs. Elle donne des explications et des conseils aux parents qui souhaitent adopter un enfant et l'intégrer au mieux dans leur vie familiale. 

Une procédure d'adoption qui se réalise étape par étape

Une procédure d'adoption demande beaucoup de temps et de patience. Plusieurs étapes sont à valider avant d'aboutir au précieux sésame : l'agrément. Et là encore, d'autres étapes sont à franchir.

Une procédure d'adoption possible à partir de 28 ans ou si le couple est marié depuis deux ans

La procédure initiale d'adoption d'un enfant n'est pas très complexe en soi. Nathalie Parent explique que « pour prétendre à une adoption, il faut être âgé de 28 ans ou bien marié depuis deux ans ». Une fois la décision d'adopter prise, plusieurs étapes sont à valider :

1. Écrire au président du Conseil départemental de son lieu de résidence pour faire part de son projet d'adoption

2. Assister à une réunion d'informations sur les démarches à effectuer, les étapes à suivre et dans certains départements, sur les spécificités de la parentalité adoptive organisée par l'Aide sociale à l'Enfance (ASE)

3. Confirmer de nouveau son projet d'adoption auprès de l'ASE

4. Une évaluation sociale et psychologique sera réalisée par le personnel de l'ASE (généralement par un travailleur social et un psychologue). Ces évaluations concernent le ou les parents désirant adopter. Deux rapports (social et psychologique) découleront de ces résultats.

Cette première partie du processus adoptif dure, en moyenne, un an, en prenant en compte le passage en commission.

L'obtention de l'agrément

La Commission d’agrément examine les évaluations et éventuellement demande à recevoir les postulants. Elle donne un avis favorable ou défavorable « qui sera ou non entériné par le président du Conseil départemental » explique Nathalie Parent, car « c’est l’aboutissement d’une réflexion sur l’enfant que l’on est en capacité d’adopter (enfant grand ou enfant petit, enfant en fratrie, enfant porteur d’une maladie ou d’un handicap…) ».

L'adoption nationale ou internationale, selon les désirs des parents

« En France, l’agrément concerne aussi bien une adoption nationale qu’internationale » explique la présidente de l'EFA. « Sauf demande contraire, les postulants sont inscrits sur la liste des enfants pupilles de l’Etat de son département. Le ou les parents peuvent demander à être inscrits sur les listes des enfants pupilles dans les autres départements en leur transmettant leur agrément, leurs rapports, une lettre de motivation ».

  • Sur le terrtoire national : dans chaque département, un Conseil de famille se réunit pour, si c’est dans son intérêt, faire un projet d’adoption pour les enfants pupilles de l’Etat. En fonction des besoins de l’enfant, le Conseil de famille choisira la famille qui lui paraît la plus à même d’y répondre. Il s’agit de donner une famille à un enfant et non l’inverse.
  • À l'international : Il existe trois voies possibles : en se faisant accompagner par l'Agence Française de l'Adoption, en étant accepté par un organisme autorisé pour l'adoption ou dans de très rares cas, par le biais de démarches personnelles. Dans tous les cas, il faudra que son projet corresponde à la législation du pays d’origine et aux profils des enfants pour lesquels un projet d’adoption international est constitué.

En fonction de son projet, la durée d’attente peut être très longue, parfois nécessiter un second agrément.

Une baisse considérable des demandes d'adoption

En seulement dix ans, les demandes d'adoption ont fortement baissé. Selon les projets des parents et les enfants en attente, il se peut que l'adoption prennent de nombreuses années, en décourageant plus d'un. Beaucoup de paramètres sont à prendre en considération : l'âge de l'enfant, son état de santé, l’existence ou non d’une fratrie, les conditions dans lesquelles il est pris en charge, son histoire, les exigences légales de son pays d’origine…

La convention de La Haye protège mieux les enfants

Deux textes principaux ont été mis en place : la Convention Internationale des Droits de l'Enfant (CIDE) et la Convention de La Haye de 1993. Cette Convention a pour but :

  • L’intérêt supérieur et le respect des droits de l’enfant
  • La mise en place d’un système de protection de l’enfance avec l’application du principe de subsidiarité : maintien de l’enfant dans sa famille biologique, si ce n’est pas possible dans sa famille élargie, si ce n’est pas possible construire pour lui un projet d’adoption nationale ou, en dernier lieu, d’adoption internationale
  • La lutte contre les trafics
  • La mise en place d'autorité centrale compétente en matière d'adoption
  • La mise en place d'une coopération entre les Etats

Depuis 10 ans, on assiste à une baisse des adoptions internationales et ce, quel que soit le continent d’origine.


Source : Agence de l'Adoption

En dix ans, les demandes d'adoption à l'international ont baissé de deux tiers

Le nombre d'adoptions à l'international a diminué de deux tiers dans le monde depuis 2004. En France notamment, on constate une baisse de 67% en seulement dix ans.


Source : www.ined.fr

Couples homosexuels et hétérosexuels, les mêmes droits ?

« Au niveau de la loi, il n'y a aucune différence entre les couples homosexuels et les couples hétérosexuels pour adopter un enfant » constate Nathalie Parent. «Beaucoup de pays d’origine refusent que les couples homosexuels adoptent un enfant. Ils n'auront alors que deux solutions : l'adoption nationale ou l'adoption internationale dans certains pays seulement, comme le Brésil, l'Afrique du Sud, des Etats de Colombie ».

Intégrer l'adoption dans l'histoire de l'enfant

Selon Nathalie Parent, raconter à son enfant qu'il a été adopté doit se faire avant son adoption, quand les personnes qui s’occupent de lui le préparent à son adoption et lui expliquent ce qui va lui arriver. L'adoption fait partie de l'histoire de l'enfant. Des mots simples et des explications claires, adaptées à son âge, lui permettront de se construire avec son histoire. Le ou les parents peuvent mettre en place une « boîte à racines » contenant des photos, ses premiers habits, de la terre de son pays d'origine, un objet symbolique... « Le parent ne doit pas aller au-devant des interrogations de l’enfant, mais répondre de manière appropriée à ses questions, sans enjoliver et l’accompagner dans ce questionnement sur ses origines. C’est un chemin qui lui appartient et à lui seul. » a signalé la présidente de l'EFA.

Enfants sans Famille, un sublime documentaire sur l'adoption

En juin 2016, WocomoDocs proposait un magnifique documentaire sur l'adoption. Disponible gratuitement sur YouTube, il raconte l'histoire d'un jeune couple confronté à l'adoption et l'abandon de certains enfants notamment au Vietnam.

Ce documentaire insiste sur l'importance, pour les adoptants comme pour les adoptés, de ne pas rester seuls et de ne pas hésiter à demander de l'aide auprès d’associations, comme la Fédération Enfance & Famille d'Adoption. Si les parents sont accompagnés et suivis, la procédure d'adoption leur paraîtra moins difficile à vivre. 

Rédactrice et community manager, spécialisée dans le parenting....
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