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Le point avec le Dr Miguel Jean

Assistance Médicale à la Procréation (AMP): où en est-on aujourd'hui?

Infirmière ou médecin travaillant dans un centre d'AMP

La France a été le 4e pays au monde à réaliser une FIV avec succès en 1978 et pourtant, aujourd'hui, de plus en plus de couples ou de femmes seules décident de réaliser leur parcours d'AMP chez nos voisins européens (Espagne, Belgique). Sommes-nous en retard ?

Dr. Miguel Jean : En termes de compétences, la France n'est absolument pas en retard. Au contraire, nous avons aujourd'hui des ressources très riches, avec des praticiens parfaitement formés aux dernières techniques d'aide à la procréation. En revanche, le cadre législatif (1) est un réel frein à la demande de certaines personnes qui ont un désir d'enfant et souhaitent l'aide de la médecine. Pour l'heure, en France, seul un couple composé d'un homme et d'une femme peut avoir recours à l'AMP. Or, prenez l'exemple d'une femme seule qui désirerait avoir un enfant. Pour quelle raison médicale devrait-on lui opposer un refus à son projet d'enfant ? La norme sociétale française ne répond plus à la demande de parentalité. Et ce refus est d'autant plus problématique que les grossesses et les bébés issus d'une AMP à l'étranger sont suivis en France. Sans parler de l'impact sur les enfants. En affirmant qu'il faut un papa et une maman pour faire une famille, on nie l'existence des enfants qui vivent déjà dans une famille monoparentale ou dont les parents sont du même sexe. Il est essentiel de réinterroger notre représentation de la parentalité.

En mars 2016, le professeur Frydman et 130 autres médecins (2) appelaient les pouvoirs publics à assouplir la législation encadrant l'AMP, notamment concernant le don de gamètes. Où en est-on aujourd'hui ?

M.J. : Ce qui pose le plus problème aujourd'hui, c’est le don d'ovocytes. De nombreuses Françaises se rendent à l'étranger car elles sont seules et ne peuvent pas prétendre au don ou parce qu'elles sont en couple et cherchent un délai de réponse plus court à leur demande. Aujourd'hui, en France, l'accès au don d'ovocytes est très long (plusieurs années) parce qu'il n'y a pas assez de donneuses. En effet, la loi s'appuie notamment sur les principes de la gratuité et de l'anonymat pour tous les dons (organes, ovocytes ou sperme) et ces principes constituent sans doute des freins pour le don de gamètes. Même s'il y a eu une évolution positive en 2015 (2), la communication sur le don de gamètes reste très insuffisante. Résultat : beaucoup de Françaises ignorent encore qu’elles peuvent donner leurs ovocytes.

Certains pays européens à l'instar de l'Espagne ont choisi de rémunérer le don d'ovocytes ou de permettre le don intra-familial. Pourquoi n'est-ce pas notre cas ?

M.J. :  Je ne suis pas certain que la rémunération ferait exploser le nombre de dons. D'ailleurs, dans les pays où cela se pratique, il ne s'agit pas réellement d'une rémunération, mais plutôt d'un dédommagement. Le don d'ovocytes n'est pas simple. Il impose à la donneuse un traitement hormonal de stimulation ovarienne, avant un passage au bloc opératoire pour une ponction ovocytaire, sans compter les potentiels effets secondaires (ventre douloureux, etc.). De plus, l'ovocyte n'est pas une cellule comme une autre : c'est une potentialité d'enfant. Dans ce cas, il est difficile de traduire en euros le coût de ce don, son impact psychologique et physique sur une vie. Même si le dédommagement peut trouver une justification, nous n'en sommes pas encore là. Quant au don intra-familial, c'est un autre problème. Le corps médical n’y est pas très favorable. Si la sœur d’une femme infertile lui donne ses ovocytes, elle sera aussi la tante de l’enfant à naître ? Un schéma familial assez compliqué pour un enfant …

Aujourd'hui, la France autorise la congélation des ovocytes uniquement dans quelques cas très particuliers, notamment chez les femmes amenées à subir des traitements médicaux lourds qui seraient susceptibles de porter atteinte à leur fertilité. Pourquoi ?

M.J.  Il est vrai qu'aujourd'hui, une femme qui n'a pas de projet parental immédiat mais qui souhaite, par précaution, faire congeler ses ovocytes n'en a pas le droit. Pourquoi ? Il y a surtout la crainte qu'une femme qui ait congelé ses ovocytes pour son propre bénéfice veuille les utiliser à un âge que la médecine juge trop élevé. Les grossesses tardives, voire très tardives (50 ans et plus), sont à juste titre considérées à risques, notamment de fausse couche et de prématurité. Se pose alors la question : qui décide ? Le médecin, le législateur ou la patiente ? Quelle autonomie laisse-t-on aux Françaises pour choisir le moment de leur grossesse ? Aujourd'hui, en France, la liberté de procréer n'existe pas, notamment parce le remboursement des soins s'arrête après 43 ans pour les femmes qui ont recours à une AMP. Si les arguments médicaux face aux grossesses tardives sont parfaitement légitimes, les patientes concernées comprennent mal qu’on décide à leur place.

Selon vous, serait-il souhaitable d'ouvrir le droit à la congélation ovocytaire pour des raisons non médicales ?

M.J.Ce qui est certain, c'est qu’un nouveau cadre législatif clarifierait la situation. D'un côté, en accordant ce droit aux femmes, elles pourraient disposer à leur gré de leurs ovocytes. De l'autre, il ne faut pas donner l'illusion que la congélation des ovocytes garantira, le moment venu, l’obtention d’une grossesse. La FIV aura toujours ses limites et ne pourra jamais garantir un résultat à 100 % ! Enfin, il est essentiel de donner un cadre équitable à cette pratique. En effet, si la congélation est interdite en France, elle reste accessible ailleurs. Malheureusement, tout le monde n'a pas les moyens d'aller en Espagne ou en Belgique pour réaliser son projet d'enfant et cela creuse un peu plus les inégalités sociales en matière de santé.

Quelles sont, selon vous, les grands enjeux à venir en termes d'AMP, les grandes innovations à surveiller ?

M.J. Le séquençage du génome entier est désormais possible et permet de faire émerger des facteurs de risques pour certaines maladies. Associé de plus en plus souvent à la FIV, cette technique permet d’identifier dans l’éprouvette les embryons qui sont le moins à risque de développer une pathologie et ainsi de transférer dans l’utérus, ceux qui ont un bon profil génétique. Il faut être ici prudent à plusieurs titres. D'abord, cette médecine est aujourd'hui encore très coûteuse et on ne sait pas si elle améliore significativement les résultats de l'AMP. Ensuite, elle donne naissance à une médecine probabiliste. En effet, dans certains usages, le séquençage permet de spéculer sur les risques de survenue d'une pathologie sans être un outil diagnostic. Enfin, elle réduit l'homme à sa génétique et ignore l’influence déterminante des facteurs de l’environnement. Il est donc là aussi essentiel de mettre en place des garde-fous réglementaires. Attention, toutefois, il est important de ne pas confondre cette pratique avec le diagnostic préimplantatoire. Dans ce cas, les couples qui risquent de transmettre une maladie à leur futur enfant peuvent bénéficier d'un diagnostic génétique au niveau de l’embryon in vitro. Il y a, tous les ans des milliers d'enfants qui naissent grâce à l'AMP et autant de parents qui voient ainsi leur rêve se concrétiser.

AMP : ce qui est autorisé en France... ou non

  • Selon la loi, l'assistance médicale à la procréation s'adresse à « un couple formé d’un homme et d’une femme, vivants, en âge de procréer et consentant préalablement au transfert des embryons ou à l'insémination ». Par exclusion, l'accès à l’AMP n'est donc pas autorisé aux personnes seules ou pour les couples de même sexe.
  • Les dons d'ovocytes, de spermatozoïdes sont autorisés, là encore, aux personnes de sexe différent, en couple.
  • Le double don d'ovocyte et de spermatozoïdes, dit double don, pour un même couple est interdit. En revanche, l'accueil d'embryons est possible. Il s’agit d’embryons donnés par un couple qui a réalisé son projet d’enfant grâce à la FIV et qui ne souhaite pas utiliser les embryons qui ont été congelés lors de la tentative de FIV. Il est réservé aux couples qui souffrent d'une double infertilité ou qui ont un risque avéré de transmettre une maladie génétique à leur enfant.
  • La gestation pour autrui, même gratuite, est interdite.
  • La congélation ovocytaire pour des raisons non médicales est également interdite.
Journaliste spécialiste du parenting, de la beauté, du bien-être. Auteure de Mon cahier Ma grossesse et moi, Mon cahier Forme et minceur après bébé et 100 conseils essentiels : la grossesse (Ed....
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