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PMA en France

Ce que le droit à la conservation des ovocytes pourrait changer pour les femmes

Interdite en France depuis des années, le 19 juin dernier, l'Académie nationale de médecine s'est finalement montrée favorable à la conservation d'ovocytes pour certaines femmes françaises, âgées de plus de 35 ans. Cette avancée n'est pas encore définitive mais prouve que le sujet est en débat. Adrien Gaudineau revient sur cette procédure un peu particulière et rappelle que le sujet est surtout éthique et sociétal.

Quand l' « horlogerie » naturelle présente des dysfonctionnements

Dans un rapport sexuel, tous les événements nécessaires à la fécondation, à savoir l'émission du sperme, l'ovulation, la fécondation et l'implantation de l’embryon dans l’utérus, s’enchaînent impeccablement comme un merveilleux système d’horlogerie. Mais parfois, il arrive que certaines complications mettent à mal cette logique naturelle.

Des solutions médicales pour résoudre une infertilité

Quelques fois, l’horlogerie ne fonctionne pas ou plus. Les causes peuvent être nombreuses. Les moyens pour y remédier le sont tout autant (Lire notre article Surmonter une infertilité: les meilleurs conseils pour avoir un bébé). Une des solutions les plus médiatisées est la fécondation in vitro, c’est-à-dire la fécondation en éprouvette d’un spermatozoïde et d’un ovule, en vue d’une implantation ultérieure dans l’utérus.

La congélation permet de faire une pause dans le processus de fécondation

Pour recréer artificiellement un événement aussi méticuleux, il faut respecter un certain nombre d’étapes. La congélation permet justement d’introduire du temps entre chacune de ces étapes. C'est une sorte de pause dans le processus de fécondation. On sait depuis longtemps congeler et donc conserver quasi-indéfiniment les spermatozoïdes. Les embryons humains ont suivi et, plus récemment, les ovules.

La congélation d'ovocytes: tout un travail en amont

La procédure de congélation d'ovocytes demande de la technicité et surtout un travail en amont avec des médecins spécialisés. Le processus est mécanique, mais non difficile à appliquer.

Des traitements hormonaux pour stimuler les ovocytes

Tout d’abord, pour recueillir un maximum d’ovules matures (les ovocytes), il existe des traitements hormonaux qui stimulent les ovaires. Au naturel, les hormones de la femme permettent la maturation d’un ovocyte par cycle. En procréation médicalement assistée, l’ovaire est « boosté » et peut en donner plusieurs. Il faut alors les recueillir avant l’ovulation par une ponction de l’ovaire au niveau de chaque follicule au moyen d’une fine aiguille à travers la paroi vaginale sous contrôle échographique.

La « vitrification » est une congélation spécifique

C’est à ce niveau que la congélation est utile si on souhaite conserver ses ovocytes pour les utiliser plus tard. La congélation, très spéciale, utilisée ici s’appelle une vitrification. C’est une congélation tellement rapide et instantanée que l’eau qui se trouve dans les cellules n’a pas le temps de se transformer en cristaux, qui pourraient blesser l’intérieur de la cellule.

Qui peut avoir accès à la congélation d'ovocytes ?

Les indications de la congélation des ovocytes sont les mêmes que celles du sperme.

Congeler ses ovules pour les utiliser après la guérison d'une maladie

Modifiée en juillet 2011, la loi prévoit que "toute personne dont la prise en charge médicale est susceptible d'altérer la fertilité, ou dont la fertilité risque d'être prématurément altérée, peut bénéficier du recueil et de la conservation de ses gamètes ou de ses tissus germinaux, en vue de la réalisation ultérieure, à son bénéfice, d'une assistance médicale à la procréation, ou en vue de la préservation et de la restauration de sa fertilité." Une femme qui doit subir un traitement qui peut la rendre stérile (une chimiothérapie par exemple dans le cadre d’un cancer), peut bénéficier de cette aide. Elle pourra, après sa guérison, envisager une grossesse grâce à une FIV qui sera conçue avec ses ovules initialement congelés.

Conserver ses ovules pour avoir toutes ses chances de son côté

Une autre situation (plus courante) est celle des femmes n’ayant pas encore trouvé le compagnon avec lequel elles auraient envie d’avoir un enfant. L’horloge biologique tourne. La réserve naturelle en ovules diminue fortement avec le temps. La fécondation naturelle devient plus difficile passé un certain âge. Les chances de réussite avec la méthode de la fécondation in vitro baissent aussi en efficacité lorsque la femme dépasse un certain âge. Un nombre grandissant de femmes demandent donc de bénéficier d'une conservation de leurs ovules étant jeunes afin d'être moins pressées par le temps.

En France, seule une femme sans enfant peut concerver ses ovocytes

Actuellement, seule une femme qui n'a jamais eu d'enfant peut conserver ses ovocytes en France à la condition de faire don d’une partie de ses ovocytes pour autrui. Seuls les ovocytes restant peuvent être conservés à des fins personnelles.

La congélation d'ovocytes pose des questions d'éthique

La congélation a de très nombreuses applications en médecine, mais elle pose également de nombreuses questions éthiques.

Une procédure encadrée par la loi en France

De fait, en France, elle est encadrée par la loi et seuls les centres agréés pour l’étude et la conservation des ovules et du sperme, sont autorisés à la pratiquer. Les questions éthiques posées sont difficiles à résoudre :

  • Est-ce raisonnable de rendre possible une grossesse qui pourrait s’avérer finalement dangereuse ? À partir d’un certain âge, la grossesse devient un vrai risque pour la femme et son fœtus.
  • Ces techniques doivent-elles être remboursées par la Sécurité sociale ?
  • Quid de l’accès aux soins pour les gens qui n’ont pas autant de ressources ? En attendant une législation, les françaises qui veulent aujourd'hui conserver leurs ovocytes en prévision de grossesses futures le font à l'étranger...
  • Les femmes homosexuelles auront-elles un jour accès à cette procédure en France?

Vers une ouverture des droits en France ?

Tous ces progrès en Procréation Médicalement Assistée (PMA) ont permis de constituer des familles là où, autrefois, il n’y avait aucune possibilité. La médecine peut parfois réparer les aléas de la nature et c’est son rôle (Lire également notre article AMP : quels traitements intra-conjugaux pour accompagner votre désir d'enfant?). En ce sens, l'Académie nationale de médecine recommande que les femmes au même titre que les hommes puissent avoir recours au prélèvement et à l'autoconservation des ovocytes jusqu'à 35 ans, afin qu'elles les utilisent plus tard si besoin. Si les hommes peuvent le faire, pourquoi pas toutes les femmes ?

Une évolution à accepter par notre société

Mais tous ces moyens techniques ouvrent de nouvelles questions à notre société et la force à décider parfois dans l’urgence, ce qui est autorisé et ce qui ne l’est pas. Or ceci est difficile dans une société multiculturelle comme la nôtre. Au nom de quelles valeurs ? Au nom de quelle morale ? Pour respecter quel modèle de famille ? Ces questions devront trouver des réponses pour que la société accepte enfin cette évolution de la médecine. Tout en respectant un cadre qui pose aussi des limites.

, Gynécologue-obstétricien
Adrien Gaudineau est Praticien Hospitalier au sein du Pôle de Gynécologie-Obstétrique des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg. Il est plus particulièrement investi dans la prise en charge des...
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