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Témoignage de papa

«Comment j'ai vécu un parcours de PMA pour cause d'infertilité inexpliquée»

Insouciance... quand tu nous tiens !

Nous étions ensemble avec Eli depuis plus de 10 ans. Nous vivions à Paris en essayant d'échapper à la routine du "métro, boulot, dodo". Tout allait bien. Puis, autour de nous, nos amis ont commencé à vivre des vies d'adultes : acheter un appartement, parler de prêt à taux intéressant, faire des enfants. À l'époque, nous nous contentions de nous demander où nous partirions pour nos prochaines vacances ou s'il fallait racheter des Kinder®. Mais comme les autres, nous avons fini par mûrir !

Un jour, au restaurant, alors que je me débattais avec l'habituel choix cornélien "fromage ou dessert", elle a prononcé la phrase. THE phrase. "J'ai envie d'avoir un bébé". Elle l'a dite comme cela, sans préambule. Pour un enfant unique comme moi, cette phrase était presque vide de sens. Ma réponse l'a sans doute été tout autant : "Si tu veux. Alors, fromage ou dessert ?".

Retour à la réalité

On s'est tout de suite mis au boulot... mais, la réalité nous a vite rattrapés. Les premières semaines ont été portées par une petite euphorie. On se lançait dans le projet avec les côtés agréables : des câlins, de la tendresse, de la complicité. Puis les mois ont passé : ça n'avançait pas. Le plaisir et le romantisme ont laissé place à une programmation presque communiste des tâches. Une planification stricte régie par son appli « cycle et ovulation ».

- "C'est bon, c'est le moment !
- Mais, ce soir, il y a rugby !
- Tu sais ce que tu peux en faire de ton match de rugby ?
- Ok, j'arrive, mais on fait ça vite..
"
Le besoin avait remplacé l'envie.

Le verdict tombe : notre infertilité est "inexpliquée "

Au bout de presque 2 ans, l'immuable échange mensuel « Rien ? Non, toujours rien » est devenu invivable. Nous avons fini par consulter pour savoir ce qui n'allait pas. Pour s'assurer qu'on était normaux. Le verdict est tombé:
- "Sur le papier, vous êtes parfaitement équipés pour vous reproduire, mais visiblement ça ne marche pas. Il va falloir penser à une PMA.
- le PMU ?
- ... "

Sur le moment, on ne s'en doute pas, mais faire le choix de la PMA, c'est rentrer dans un nouvel univers avec son jargon, ses étapes, ses médecins et laborantins pas toujours très diplomates. C'est envisager l'enfant au travers d'une blouse blanche.

J'ai vécu les débuts de la PMA comme un soulagement. Les explications étaient claires : on savait ce qui allait se passer, comment ça allait se passer et évidemment, le résultat escompté. La théorie était simple. L'encadrement par des médecins rendait le procédé très mécanique. Il n'y avait plus aucune poésie, mais au moins le projet revivait avec un échéancier réglé comme un fichier Excel.

Petits moments de solitudes

La première : les dépistages. Eli et moi, chacun de son côté. Pour un homme, c'est presque amusant tant la situation est triviale.

- "Il va falloir faire un prélèvement : vous ne devez pas avoir de rapports sexuels pendant au moins 72 heures, mais le sperme doit dater de moins de 5 jours.
- Cela fait long !
- Pardon ?

- Non, excusez-moi, je n'ai rien dit."

Je l'ai vite appris : les spécialistes de la PMA ne sont pas très sensibles à l'humour ou à l'ironie... Je me suis donc retrouvé un matin dans un laboratoire parisien flambant neuf et cossu. Une charmante infirmière m'a accompagné jusqu'à la salle dédié aux prélèvements. 
- "Vous pouvez utiliser les flacons à gauche, les magazines sont à droite et quand vous avez fini, vous sortez en laissant la porte ouverte. Vous savez comment faire.
- Cela devrait aller, j'ai de la pratique.
- Pardon ?
- Non, rien, je disais : ça a l'air pratique
."

Grand moment de solitude : j'étais seul face à un flacon qui paraissait pouvoir contenir ce qu'une équipe de rugby boirait en bière en une soirée. L'inspiration me manquait, alors j' ai attrapé un magazine au hasard et j'ai regretté de ne pas avoir de gants en latex : visiblement, il n'avait pas été remplacé depuis un certain temps. J'ai fini par fermer les yeux, la vie a défilé. Concentration. Ça a fonctionné... même si ma virilité en a pris un coup lorsque je me suis rendu compte que le tube était presque vide. Presque honteux, j'ai enfilé mon manteau et quitté les lieux. Ce rituel s'est reproduit bien plus souvent que je ne l'aurais voulu avec le même rire gêné, la même angoisse et le même besoin d'en plaisanter avec les copains une fois l'épreuve terminée.

70 ou 80 couples dans une salle et un constat : nous ne sommes pas seuls !

Les mois ont passé, le protocole de PMA a suivi son cours. A chaque rendez-vous, on nous livrait une montagne d'informations en plus à comprendre, à digérer. Mais au final, je n'attendais qu'une chose : le passage à l'acte pour savoir si nous allions en finir avec les moments d'angoisse, si les séances de solitude face à un magazine adulte - dossier spécial débutantes brésiliennes - allaient porter leurs fruits ou plus exactement leur fruit... et surtout, si j'allais enfin pouvoir rassurer Eli.

Le calendrier était strict. Pas de place pour l'improvisation ! Prélèvements à telle date, Insémination quelques jours plus tard. Une étape m'a plus marqué que les autres : la réunion d'information. Je me suis retrouvé avec Eli au milieu d'une foule de 70 ou 80 personnes. Des couples aussi nerveux que nous, tous dans la même situation. Il n'y a aucun schéma : tous les âges, toutes les couleurs de peau, toutes les classes sociales sont là. Les problèmes de fertilité n'épargnent personne. C'est à la fois angoissant et réconfortant : nous ne sommes pas seuls.

Romantisme quand tu nous tiens...

Le résultat final a sans doute effacé beaucoup d'étapes car la seule dont je me souvienne vraiment est l'insémination. Nous sommes arrivés une heure en avance. Les prélèvements avaient été faits et la culture des cellules avaient bien fonctionné. "Vous avez 9 embryons viables !" Vu la mine réjouie de ma chère et tendre, j'ai compris qu'on était super forts, que c'était un bon score. Je ne savais pas quoi dire alors j'ai fait "Wouhou !"

L'insémination est au romantisme ce que la langue de bœuf est à la cantine : une erreur. Le médecin m'a proposé de m'asseoir dans la salle, face à ma compagne, les jambes écartées. Au-dessus d'elle, un écran vidéo. L'opération a commencé et l'outil du médecin est apparu. Nous avons eu droit à un commentaire en live digne de Philippe Candeloro... En 23 secondes, c'était fini.

Cette infertilité inexpliquée n'est plus notre fatalité

En sortant, j'étais soulagé, Eli,en larmes.
- "Qu'est ce qu'on fait si ça ne marche pas ?
- On y pense pas. Ca va marcher."

La première semaine après l'insémination a joué avec nos nerfs. Les médecins se devaient de nous donner les statistiques et, dans un premier temps, elles n'étaient pas encourageantes. Pourtant après quelques jours, nous avons bien été obligés de l'admettre : pour nous, tout allait bien. L'embryon était là où il devait être, Les cellules se multipliaient. Eli commençait à y croire, et moi je me disais que notre Alien était un champion.

Il y a ensuite eu un phénomène d'accélération du temps absolument incroyable. Avec à chaque étape, le soulagement : on a coché les cases des semaines à risque, des mois à risque, de l'arrêt du traitement... Au fur et à mesure, la complicité est revenue, le rire aussi : le plus dur était derrière nous. Neuf mois plus tard, notre fille est née, et toutes les larmes, les angoisses et les petites humiliations se sont envolées. L'infertilité n'était plus notre fatalité.

Propos recueillis par Véronique Deiller. Le papa a souhaité que son anonymat soit respecté. La photo n'est qu'une photo d'illustration.

Journaliste spécialiste du parenting, de la beauté, du bien-être. Auteure de Mon cahier Ma grossesse et moi, Mon cahier Forme et minceur après bébé et 100 conseils essentiels : la grossesse (Ed....
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