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Témoignage de maman

«Mon parcours du combattant pour faire un don d'ovocytes»

Femme pensive devant une fenêtre

Le don, une évidence

À 18 ans, je donnais mon sang. À 25, j'étais inscrite au registre des donneurs de moelle osseuse. Le don médical m'a toujours paru être une évidence, sans que j'en cerne vraiment la signification. Ce n'est que quand j'ai rencontré Benoît que j'ai compris. À 20 ans, Benoît avait bénéficié d'une greffe de rein. À 21 ans, je l'ai rencontré et j'ai tout de suite su que c'était l'homme de ma vie. Sans ce don de rein, il n'y aurait pas eu de Benoît, de vie à deux ou de bonheur...

Quelques années plus tard, nous avons voulu faire un enfant. La chance ne nous a pas souri et nous avons dû passer par une aide médicale à la procréation (AMP). Après 48 très longs mois d'attente, Salomé est née. Là encore, ce petit miracle était un don. Un don de temps, d'expertise et de gentillesse de la part de l'équipe qui nous a accompagnés pendant cette période si difficile. Un an plus tard, j'étais prête. C'était à mon tour de donner à quelqu'un l'opportunité de connaître ce bonheur incroyable de pouvoir serrer dans ses bras un enfant qu'il n'attendait plus.

Premiers revers et premières consternations

Tout a commencé quand j'ai contacté le CECOS (Centres d'étude et de conservation des œufs et du sperme humains) de ma région, bien décidée à entrer dans le vif du sujet. Premier coup au moral : la biologiste en charge du "recrutement" des donneuses m'indique qu'en raison de mon âge très respectable (36 ans), je ne suis plus éligible à faire un don, la loi limitant ledit don aux personnes de moins de 37 ans. Le temps de prendre rendez-vous et de mettre la procédure en marche, je serai "périmée". Elle n'a évidemment pas employé ce terme, mais à mes yeux, c'était la même chose. Mon sang n'a fait qu'un tour : en quoi, à quelques semaines près, mes ovocytes auraient-ils moins fière allure ? J'ai fini par ravaler ma fierté et implorer mon interlocutrice de m'accorder au moins un rendez-vous préalable au don. Face à mon insistance, elle a fini par céder... J'étais heureuse mais consternée : on sait aujourd'hui qu'il y a un manque drastique de donneuses, alors pourquoi mettre des bâtons dans les roues de celles qui sont vraiment motivées ?

Mon premier rendez-vous à l'hôpital n'a fait que confirmer cette première impression. L'échange avec la biologiste (très attentionnée) s'apparente à un véritable interrogatoire. Mes antécédents familiaux, mon hygiène de vie : tout est passé au crible. Je n'imaginais même pas ce que cela devait être pour les autres donneuses. Pour moi, c'est finalement plutôt facile : pour Salomé, tous les examens préalables étaient faits, je connaissais les réponses à donner par cœur... Mais qu'en était-il pour ces femmes qui "débarquaient" dans le monde de l'AMP ? Combien abandonnaient en cours de route, épuisées d'avance par ce qui les attendait ?

La suite du rendez-vous n'a pas été plus facile. Je pensais être une donneuse "endurcie" et pourtant... Quand le médecin m'a indiqué qu'ils allaient faire un caryotype pour s'assurer que mes chromosomes étaient des champions, j'ai eu envie de prendre mes jambes à mon cou.  C'était absurde, mais je me suis sentie mise à nue, presque humiliée. Je ne m'attendais pas à ce qu'on me détrousse ainsi de mon intimité... C'est aussi cela le don d'ovocytes : être sûre de soi, de sa santé, de sa volonté d'aider, découvrir peut-être en chemin que l'on a un problème insoupçonné et voir ainsi sa vie et celle de sa famille, basculer.

En faisant un don d'ovocytes, je ne suis plus personne

Un mois plus tard, je suis revenue à l'hôpital pour une deuxième salve de rendez-vous. Au programme : un point avec l'anesthésiste, le gynécologue et une sage-femme. Je replongeais une nouvelle fois dans mes souvenirs d'AMP. Avec l'arrivée de Salomé, j'en avais presqu'oublié à quel point c'était difficile, contraignant. Cette fois, je m'apprêtais à suivre le même protocole, sans "récompense" à la fin. Plus les rendez-vous avançaient, plus je courbais l'échine. L'anesthésiste m'a rappelé le déroulé de l'analgésie (locale ou générale, selon mon choix), qu'il y aurait une hospitalisation après la ponction des ovocytes, qu'il faudrait venir me chercher, qu'un arrêt de travail de 5 jours serait prescrit... La gynécologue m'a rappelé les différentes phases du traitement hormonal : faire un bilan sanguin à telle date, commencer la progestérone à règles + x jours, embrayer avec le traitement de stimulation 10 jours plus tard, faire un suivi échographique tous les deux jours pour voir l'évolution des cellules, déclencher l'ovulation, venir à l'hôpital 36 h plus tard... La sage-femme m'a expliqué comment mélanger les différentes solutions à l'aide d'une seringue, comment vérifier les aiguilles, où me piquer, quels étaient les éventuels effets secondaires...  J'étais sonnée et pourtant j'avais déjà vécu cela avant.

Ce qui avait changé, c'est que je n'étais plus personne. Le don d'ovocytes étant anonyme, je n'étais plus qu'un prénom dans les dossiers de l'hôpital. Quand les praticiens venaient me chercher dans la salle d'attente, je n'étais plus Madame Garnier comme ma voisine de chaise, mais juste "Caroline".  J'étais presque choquée par autant de familiarité, avant de me rendre compte qu'en devenant anonyme, ce don serait uniquement entre moi et moi. Il n'y aurait personne pour me remercier ou me féliciter de ma démarche. Je ne grandirais pas grâce au regard des autres. C'était peut-être cela l'altruisme.

C'est parti !

Quelques jours avant le début du protocole, j'ai mis de côté mes introspections pour passer en mode organisation. Vivant loin de l'hôpital, je devais organiser seule mon suivi en ville. Trouver un cabinet d'échographie compétent, un labo d'analyses pouvant garantir que les résultats des sérologies seraient transmis avant midi, commander les médicaments à la pharmacie, faire parvenir à la CPAM la demande de prise en charge à 100 %... C'est aussi ça, le don d'ovocytes : se charger de dizaines de petites démarches qui bouleversent son quotidien. Ce dont je n'avais pas forcément besoin, surtout avec un bébé de 15 mois à la maison !

Puis, le top départ du traitement a été donné. C'était l'heure de mettre la main à la pâte, pour ainsi dire. La progestérone par voie intra-vaginale, les piqûres dans le ventre à heure fixe, les échographies pelviennes : j'avais oublié à quel point la stimulation ovarienne oblige à mettre de côté ses petits dégoûts, ses appréhensions et son intimité. Le début des opérations était plutôt tranquille, avant de devenir épuisant, nerveusement surtout. L'injection le soir, l'échographie et la prise sang le matin, l'attente du coup fil du service à partir de 13h pour savoir s'il fallait ajuster le traitement, sans compter que je devais m'occuper de la petite, du quotidien et du travail... Au bout de quelques jours, le gynécologue m'a enfin appelée. Les ovocytes étaient bien développés, on allait pouvoir déclencher l'ovulation.

La ponction ovocytaire : le soulagement

Après deux douches à la Bétadine, je suis arrivée à l'hôpital à 5h30 du matin, l'estomac vide et le coeur gros. Une intervention chirurgicale n'est jamais anodine. J'avais tout de même de la chance : j'étais une des premières à passer, les donneuses étant prioritaires dans l'ordre des ponctions. On m'a descendue en "salle d'attente" avant le bloc perfusion au bras, aux côtés de quatre autres femmes. L'une pleurait, l'autre n'arrêtait pas de poser des questions, la troisième regardait dans le vide. Je suis restée dans mon coin. "Caroline, c'est à vous". Me revoilà les pieds dans les étriers du bloc, 2 ans après la première ponction qui nous avait permis d'avoir Salomé.

L'anesthésie avait bien pris, je ne sentais rien, je regardais juste l'écran de contrôle, soulagée que ce soit bientôt terminé. La ponction a duré 5 min. Cétait finalement le plus facile de toute cette démarche ! Après quelques heures de repos dans une chambre du service, un interne est venu me voir et m'a glissé l'ordonnance pour la suite : des antalgiques en cas de douleurs, car je pourrais "ressentir comme une douleur de règles en beaucoup plus fort" pendant quelques jours. Je connaissais, pour Salomé, j'avais sacrément eu mal. Avec l'ordonnance, le médecin m'a glissé un petit papier sur lequel figurait un numéro. C'était le nombre d'ovocytes prélevés. Neuf. Neuf chances qu'un couple finisse enfin de souffrir, neuf chances pour eux d'avoir une petite merveille comme la nôtre. Un chiffre qui m'a fait oublier tous mes doutes et tous mes tracas. Ce don, c'était juste une petite partie de moi et quelques semaines de ma vie. Un rien finalement pour rendre enfin une famille heureuse.

Propos recueillis par Véronique Deiller. Caroline a souhaité que son anonymat soit respecté. La photo n'est qu'une photo d'illustration.

Journaliste spécialiste du parenting, de la beauté, du bien-être. Auteure de Mon cahier Ma grossesse et moi, Mon cahier Forme et minceur après bébé et 100 conseils essentiels : la grossesse (Ed....
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