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A l'heure du repas

Manque d'appétit chez l'enfant, refus de certains aliments: quand s'inquiéter ?

Une mère donne à manger à son bébé dans sa chaise haute

"Dès que nous avons commencé la diversification alimentaire, Léonie a eu un appétit impressionnant. Elle mangeait de tout et tout particulièrement les légumes très marqués en goût comme les betteraves, les navets ou le brocolis, le tout dans de très bonnes quantités. Puis, en l'espace de quelques jours vers 15 mois, elle a commencé à rechigner devant ses plats, à picorer ici et là... J'ai eu bien du mal à m'habituer au fait qu'en grandissant, elle pouvait manger des quantités presque moindres qu'avant."

Un appétit qui varie 

Comme Emilie, bon nombre de parents sont parfois surpris d'observer chez leur enfant des variations d'appétit importantes. S'ils tendent à les inquiéter, ces hauts et ces bas alimentaires sont pourtant tout à fait normaux, comme le rappelle le Dr. Sylvie Hubinois, pédiatre et présidente de l'Association Française de Pédiatrie Ambulatoire (AFPA). "La première année, l'enfant connaît une phase de croissance très rapide qui l'emmène à prendre environ 25 cms et tripler son poids. Cette phase de croissance ralentit ensuite entre 12 mois et 2 ans ce qui explique que les enfants aient moins besoin de manger," souligne-t-elle. Un ralentissement de l'appétit normal auquel peuvent s'ajouter les petits maux du quotidien. Maladie, poussées dentaires, fortes chaleurs : les bébés sont finalement comme leurs aînés. Quand il ne sont pas dans leur assiette, ils n'ont pas envie de manger !

La néophobie alimentaire... ou l'âge du tri !

Pour autant, toutes les pertes d'appétit du jeune enfant ne sont pas imputables à une croissance ralentie ou une affection passagère. Ainsi, vers 2 à 3 ans, puis de 5 à 6 ans, les refus alimentaires sont plutôt liés au besoin grandissant d'autonomie et d'affirmation de soi. Pendant cette fameuse phase du non, l'enfant développe une certaine aversion, voire une peur de la nouveauté. Ajoutez à cela, chez les plus petits, le passage de la purée aux morceaux qui peut demander des efforts complémentaires au moment des repas et l'enfant devient naturellement plus difficile. On parle alors de néophobie alimentaire. Comment se traduit-elle concrètement ? "L'enfant ressent plus de mal à goûter les aliments nouveaux, voire n'accepte plus les aliments moins gras, moins sucrés et surtout les légumes. Il ne faut pas s'inquiéter : la néophobie alimentaire est un passage physiologique qui prend rarement des proportions extraordinaires. Le goût que l'enfant perd pour certains aliments revient au plus tard après quelques années," rassure la pédiatre.

Difficile pourtant pour les parents d'accepter ces quelques mois de transition où les repas peuvent parfois tourner à la confrontation, comme cela a été le cas avec la petite Pauline, 30 mois.

"Un peu avant ses 2 ans, ma fille a commencé à rejeter en bloc tous les légumes. J'avais beau lui proposer sous toutes les formes possibles et imaginables, il n'y avait rien à faire : un soir sur deux, son assiette finissait par terre après un épisode de colère plus ou moins difficile à gérer. Au fil des jours, j'ai fini par baisser les bras et lui proposer les quelques plats dont je savais qu'ils "passeraient" (quiches, omelettes, crêpes, etc.)  pour qu'elle mange au moins un peu. Je pensais la situation transitoire, mais après 6 mois, je suis bien obligée d'admettre que nous sommes dans l'impasse," avoue Line, sa mère.

Quand la perte d'appétit se mue en caprices

Aussi louable soit l'intention des parents, céder au bon vouloir de l'enfant est en réalité le premier maillon d'un engrenage qui peut conduire la néophobie et le déséquilibre alimentaire à s'installer. "Face à un enfant qui refuse de manger, il est important de ne pas chercher à compenser en lui proposant les aliments qu'il accepte. Cela finit généralement par créer un cercle vicieux où l'enfant ne mange que des yaourts et des pâtes, par exemple," précise le Dr. Hubinois.

Identiquement, "face à un parent ayant une réaction excessive ou dramatisant le manque d'appétit, l'enfant comprend inconsciemment qu'il dispose, avec son alimentation, d'un instrument de pression incroyable. En refusant de manger, il acquiert un pouvoir important sur ses parents dont il est évidemment tenté de faire l'usage," continue-t-elle. Et c'est là que la peur initiale de la nouveauté peut se transformer en caprice (chez les plus grands), rendant le moment du repas particulièrement difficile.

Prévenir le manque d'appétit et remédier aux refus

La néophobie alimentaire est loin d'être un phénomène systématique. Bien au contraire, 2 enfants sur 3 ne seront pas concernés... S'il est difficile d'affirmer qu'on peut prévenir cette appréhension passagère de certains aliments, certains réflexes, adoptés plus ou moins tôt, permettraient d'en limiter les effets.

Pendant la grossesse et jusqu'à 1 an (au moins)

L'éveil au goût, et plus tard l'acceptation des saveurs et des aliments, passe par une initiation précoce. "L'enfant apprend à apprécier les aliments dès la vie utérine. A 32 semaines de grossesse, il reconnaît ainsi réellement les goûts des aliments que mange sa mère et qu'il déglutit dans le liquide amniotique," rappelle le Dr. Hubinois. Il ne faut donc pas hésiter à avoir une alimentation aussi variée que possible dès la grossesse. De la même manière, au cours de ses premières semaines de vie, l'enfant se familiarise à de nouvelles saveurs par le biais du lait maternel. La période de la mise au sein peut donc être une période de réjouissances gastronomiques pour la mère. Le bébé ne pourra qu'en profiter !

Dans cette même lignée, une fois la diversification alimentaire commencée, il est important de proposer aux plus petits des repas aussi différents que possible et de ne pas introduire les petits morceaux trop tard. "Même s'ils n'ont pas de dents, les enfants sont capables de mâcher des légumes très bien cuits avec leurs gencives dès 9 à 12 mois," continue-t-elle. L'objectif : habituer l'enfant à mâcher très tôt et éviter ainsi les récalcitrances quelques mois plus tard.

Dès les premiers refus ou les premières pertes d'appétit :

  • Reproposer les aliments qui ne passent pas : "En période de néophobie alimentaire, il est important pour les parents d'insister sans être trop rigides," conseille la pédiatre. En effet, "il faut parfois proposer un même aliment sous la même forme 8 à 10 fois avant que l'enfant ne l'accepte. Et s'il continue à ne pas le vouloir, il faut aussi savoir admettre qu'il y a des choses qu'il n'aime simplement pas, comme nous, et attendre quelques mois avant de lui faire goûter à nouveau".
     
  •  Faire preuve d'inventivité : face à un enfant qui refuse en bloc tous les légumes, il ne faut pas hésiter à "ouvrir la boîte à idées" : "s'il refuse les légumes cuits, il les acceptera peut-être sous forme de crudité ; s'il n'apprécie pas les légumes forts en goût, il sera peut-être plus sensible aux saveurs sucrées de la tomate," ajoute-t-elle. Une persévérance qui finira par être payante et qui ne doit pas être source de pression pour les parents. En effet, "l'équilibre alimentaire de l'enfant ne se fait pas sur un repas, mais sur une journée, voire sur une semaine. S'il ne mange pas bien un jour, il se rattrapera le lendemain. Un enfant en bonne santé ne se laisse pas mourir de faim," tempère le Dr. Hubinois.
     
  • Eviter de transformer la table en espace de jeu : certesdétourner l'attention permet parfois de faire manger l'enfant plus aisément, mais il faut que le repas reste un plaisir en soi. À table, mieux vaut éviter les distractions.
     
  • Partager le repas : vers 20 mois, l'enfant sait ou tout du moins commence à manger tout seul. Il est donc prêt à rejoindre le reste de la famille à table et à partager le repas des adultes. "Il a alors un effet d'imitation et d'entraînement qui se produit : l'enfant veut faire comme les grands, et en les imitant, l'appétit apparaît, "explique-t-elle. Ses conseils : s'adapter à l'heure du repas de l'enfant en mangeant plus tôt si nécessaire, commencer progressivement en lui proposant d'abord seulement de partager le moment du dessert et limiter la durée des repas à 20-25 minutes environ. En gardant à l'esprit, évidemment, que le repas doit être adapté aux besoins de l'enfant !
     
  • Stimuler son appétit : éviter les encas et petites douceurs entre les repas, permettre à l'enfant de se dépenser avant de manger sont autant de bons gestes pour lui permettre d'avoir réellement faim et d'éviter ainsi les refus intempestifs.

Perte d'appétit : quand faut-il consulter ?

Normale dans certains cas, la perte d'appétit doit toutefois encourager les parents à prendre rendez-vous avec le pédiatre traitant quand :

  •  L'enfant est en très bas âge : entre 0 et 6 mois, tout manque d'appétit ou repas refusé doit faire l'objet d'une attention particulière. "Si l'enfant ne manque qu'un ou deux biberons, il n'y a pas lieu de s'alerter. Mais si le manque d'appétit persiste au-delà, un examen clinique et un avis médical s'imposent pour éliminer toute gêne occasionnée par un mal de gorge, un virus, etc.," rappelle la pédiatre. 
     
  • le refus de s'alimenter a une incidence sur la courbe de poids de l'enfant : l'indicateur de la bonne santé alimentaire est, chez le petit enfant, sa courbe de poids. Un décrochage, une perte de poids significative (+/- 10 %  du poids total de l'enfant) ? Il est temps d'en parler avec le médecin qui pourra peser, mesurer l’enfant, calculer son IMC et faire le point pour éliminer une maladie sous-jacente.
     
  • l'enfant ne mange plus du tout : "une perte totale d'appétit nécessite, là encore, une consultation pour vérifier que la cause n'est pas d'ordre pathologique. Et meme s'il n'y a pas de maladie avérée, elle peut aussi être le symptôme d'un problème familial sous-jacent, qui peut parfois nécessiter de faire appel à un pédopsychiatre," conclut le Dr. Hubinois. Dans les deux cas, mieux vaut donc se tourner vers son médecin référent pour un avis rapide.
Journaliste spécialiste du parenting, de la beauté, du bien-être. Auteure de Mon cahier Ma grossesse et moi, Mon cahier Forme et minceur après bébé et 100 conseils essentiels : la grossesse (Ed....
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