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Les conseils de Justine Atlan

Du bon usage du téléphone portable et des tablettes en famille

La fascination des enfants pour les écrans. Photo Pixabay.

Emilie, 35 ans : "Avant d'avoir un enfant, j'étais toujours sidérée à la vue des ces mamans qui tweetaient au détour d'un biberon ou laissaient leur tout petit regarder des dessins animés sur Youtube. Je m'étais promis que jamais je ne serai ce genre de mère. Puis Léonie est née et j'ai commencé par lui montrer les photos envoyées par ses grands-parents sur Whatsapp, avant de l'inclure dans mes Facetime avec sa tante, puis dans des moments d'épuisement, de regarder mon fil Facebook pour me détendre... alors même qu'elle était à côté," explique Emilie, avant d'avouer s'être sentie très coupable de ne pas s'en être tenue à ses grands principes de nullipare.

Entre 0 et 2 ans : le portable aux abonnés absents !

Comme Emilie, nombreux sont les parents à être aujourd'hui confrontés à ce dilemme numérique cornélien : choisir entre la disponibilité totale pour son enfant et continuer, autant que possible, à avoir une vie normale d'adulte en phase avec son temps. Pour Justine Atlan, présidente de l'Association E-enfance, il est avant tout important de prendre du recul sur sa pratique et de relativiser : le nourrisson ne pâtit pas des habitudes numériques de ses aînés.

" Au cours de ses premiers mois de vie, l'enfant ne va pas souffrir d'une éventuelle indisponibilité de ses parents qui consultent leur téléphone. Cela viendra plus tard. Pendant ses premiers mois, il va plutôt le percevoir comme un élément naturel de la vie familiale. Au même titre qu'il va observer ses parents manger ou marcher, il va intégrer que leur 'connexion' fait partie du quotidien," souligne-t-elle, rappelant aussi que l'usage du téléphone par les parents est une chose et que la prise en main par l'enfant en est une autre, potentiellement plus conséquente.

En effet, en assimilant le téléphone portable à un élément de son environnement, le bébé va naturellement lui prêter rapidement de l'attention... comme à tous les autres objets qui l'entourent, d'autant plus qu'il semble apporter tant de bien-être à ses parents. Or, "un enfant de quelques mois, d'un an, de 18 mois, n'a pas besoin d'un écran. Il se développe et se construit affectivement grâce au contact. On ne fait rien perdre à un enfant de cet âge en ne lui proposant pas le téléphone", rappelle Justine Atlan. À l'inverse, tout usage prématuré est loin d'être anodin.

Elodie, 30 ans : "Vers 18 mois, j'ai commencé à laisser ma fille regarder des petits dessins animés sur mon portable ou sur ma tablette, notamment pour la calmer quand on était en voiture. Puis, on a eu tendance à lui en proposer plus régulièrement, pour partager des petits moments avec elle, tous les trois au réveil le week-end, par exemple. Mais j'ai fini par mettre le holà quand j'ai vu qu'elle réclamait de plus en plus régulièrement le téléphone...".

Entre 3 et 6 ans : le téléphone portable avec parcimonie

C'est justement quand le téléphone est un objet de plaisir pour l'enfant qu'il devient problématique. D'autant plus que l'usage du téléphone portable chez les petits n'est pas sans risque ! "Les enfants en bas âge n'ont pas de limite, ils ne peuvent absolument pas gérer un afflux de contenus qui se renouvelle constamment", rappelle Fanny Atlan. Sans compter les écueils sanitaires qu'on l'on connaît désormais : l'exposition aux ondes électromagnétiques, l'association par le cerveau de la lumière bleue de l'écran à la lumière du jour et ses répercussions sur le sommeil, etc. D'où l'importance d'avoir un usage réfléchi du téléphone portable pour son enfant. Premier impératif en la matière : "l'enfant ne doit jamais avoir un portable à l'oreille (préférer le haut parleur à bonne distance) et doit toujours arrêter de manipuler un écran au moins 2 heures avant le coucher," insiste Fanny Atlan.

Ses autres conseils :

  •  Eviter au maximum de proposer le téléphone ou la tablette à l'enfant car "à cet âge, ils ne lui apportent pas grand chose et sont par contre si fascinants qu'ils constituent une concurrence déloyale à toutes les autres activités dont il risque de se désintéresser".
  • Choisir, avant de les proposer à l'enfant, des jeux très courts via des applications spécifiques. Ces jeux doivent avoir une vocation pédagogique ou éveiller ses sens (comptines, jeux de couleurs, de formes, d'écriture, de lecture, etc.).
  • Ne jamais laisser l'enfant en libre navigation ou sur des supports permettant des interactions. À cet âge, il n'a pas a avoir accès à Internet, aux réseaux sociaux ou à toute application de communication.
  • Faire attention à l'effet "nounou portable" et voir les usages numériques comme une occasion de partage. Veiller à ne pas laisser l'enfant seul devant son écran, mais à jouer avec lui, prolonger les apprentissages faits à la maison ou à l'école avec le portable.

De 7 à 11 ans : ne pas céder !

Avec l'école primaire, les usages numériques des enfants prennent une toute autre ampleur. De simples utilisateurs, les petits écoliers revendiquent, de plus en plus tôt, le "droit" à devenir propriétaires de leur propre téléphone. Une solution tentante pour certains parents qui y voient parfois l'opportunité de se rassurer. "Le téléphone portable a beau être considéré comme un moyen de savoir où est son enfant à tout moment, mais à l'école primaire, les enfants n'ont pas besoin d'autonomie au point de devoir être joignables à tout moment. Cela vient plutôt au collège," rappelle Fanny Atlan. Et de préciser : "Si l'enfant ne répond pas immédiatement, cela fini t par créer des angoisses supplémentaires, d'autant plus que cette part nouvelle de liberté favorise l'improvisation et restreint la maîtrise de l'environnement. Avant, on donnait rendez-vous à une heure et un point précis à son enfant. C'est moins le cas maintenant qu'il est censé être joignable". Son mot d'ordre : avant le collège, l'enfant n'a pas besoin d'avoir un portable qui pourrait devenir prépondérant dans sa vie quotidienne, prendre le pas sur l'école, les activités et avoir des conséquences néfastes sur les relations familiales en créant des conflits.

Les conseils de Fanny Atlan :

  • Donner l'exemple : difficile de ne pas susciter l'envie chez son enfant quand on est soi-même sans cesse connecté. L'objectif pour les parents est simple (quel que soit l'âge de l'enfant d'ailleurs) : être présents et disponibles - et donc hors connexion - pendant tous les moments partagés en famille.
  • Limiter le temps de navigation et l'accès aux contenus en installant un contrôle parental sur les supports mobiles utilisés par l'enfant.
  • Partager en famille, les moments de navigation sur Internet, en privilégiant les échanges à vocation pédagogique et aller sur Internet pour illustrer un propos, un enseignement des parents, pour vérifier une information, etc.
  • Interdire l'accès aux réseaux sociaux, applications de communication (hors usage avec les parents) même si l'enfant insiste. Pour rappel, Facebook n'est autorisé aux internautes qu'à compter de 13 ans !
Journaliste spécialiste du parenting, de la beauté, du bien-être. Auteure de Mon cahier Ma grossesse et moi, Mon cahier Forme et minceur après bébé et 100 conseils essentiels : la grossesse (Ed....
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