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Réponse d'expert

Je ne peux pas supporter de voir mon fils en difficulté

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Olivia Phélip est coach professionnelle certifiée. Elle accompagne notamment les pères et les mères dans leur chemin de parentalité. Elle est aussi directrice éditoriale chez Horay....

Bonjour Marc. Merci de votre question. Vous seriez étonné de savoir que nombre parents ressentent la même chose que vous ! Qu'un parent soit protecteur pour son enfant, cela paraît, non seulement légitime, mais même souhaitable. Et pourtant vous exprimez bien cette contradiction qui fait que vous devez aussi apprendre à ne pas tout contrôler.

Le risque des apprentissages

Eh oui. C'est la dure tâche des parents que d'accepter parfois de laisser son enfant faire ses apprentissages, même si parfois ceux-ci sont un peu douloureux. Toute la nuance réside dans ce « un peu ». Que vous pensiez nécessaire d'intervenir lors d'un accident ou d'un abus, voire même d'un problème, semble non seulement compréhensible, mais souhaitable. En revanche, vous interposer systématiquement entre votre fils et toute situation qui pourrait le « bousculer » un tant soit peu est excessif. Du reste quand il est à l’école, il n’est pas avec vous et il est bien obligé de se débrouiller tout seul. Et c'est probablement l'une des grandes fonctions de l'école (en dehors de l'éducation scolaire) que d'aider l'enfant à socialiser et à se confronter aux autres.

Accepter de voir ses enfants grandir

Votre question me suggère une première observation. Il semblerait que vous ayez du mal à voir votre fils grandir. Est-ce qu’il ne s’agit pas tout simplement d’une difficulté d’ajustement ? Il a six ans et vous le voyez encore comme s'il en avait deux. Car tout se passe si vite : en quelques années seulement, on passe d’un nourrisson totalement dépendant, à un petit enfant qui parle, marche et découvre le monde à sa mesure. Que de transformations ! Chaque nouvelle étape arrive, sans que vous vous en rendiez compte et il faut continuellement vous adapter. Et vous avez du mal avec cela. Dans ce sens, il serait intéressant que vous évaluiez l’état de développement de votre enfant avec sa maman, et qu’ensemble vous décidiez de ce qui vous semble autorisé ou pas, dangereux ou pas… Vous pouvez aussi faire le point ensemble avec son pédiatre par exemple. Et faire une sorte de liste de ce qui vous semble acceptable ou pas. Le laisser aller à l'école seul ? Non. Le laisser se chamailler avec ses camarades ? Oui, dans le respect de certaines limites. Car vous avez aussi le droit de dire non. Ce n'est pas parce que vous lâcherez sur certains points que vous devez lâcher sur tout. A chaque fois qu’une nouvelle situation apparaît, vous pouvez vous poser la question : est-ce que c’est approprié ou pas ? Par exemple si les parents d’un de ses amis d’école vous proposent de l’emmener en week-end avec eux, vous pouvez juger que c’est trop tôt. Même si d’autres parents penseraient l’inverse pour leur propre enfant. Mais en ce qui vous concerne, vous êtes avec sa mère, les seuls responsables et les mieux à même de juger de ce qui vous semble bon pour votre enfant ou pas. 

La dé-fusion, un acte de confiance

Cependant, vous évoquez aussi votre crainte de toute souffrance ou frustration chez votre enfant un peu comme si c’était de la vôtre dont vous parliez. Comme si votre enfant faisait partie de vous. En acceptant de laisser votre enfant grandir, vous devez le voir se détacher de vous. Et c’est peut-être ce qui vous est difficile. Il est important que vous sachiez que, même à sa naissance, le bébé n’est ni vous, ni sa maman, il est lui-même. Il est déjà doté de son « altérité ». Même s'il est complètement « dépendant » de vous. Plus il va grandir, plus il va accroître son cercle d’indépendance, jusqu’à l’âge adulte où il prendra sa vie en totale autonomie. Cette conquête de l’autonomie se fait par des micro-évolutions, qui vont déployer un cercle de plus en plus large jusqu’à couper ce fameux « cordon  ombilical» symbolique. Derrière votre besoin de protection, dont vous semblez vous-même penser qu’il est excessif, se cache une angoisse forte. Or comment votre enfant pourra-t-il se construire s’il ne sent pas que vous avez confiance en lui ? Il ne s’agit pas de le laisser livré à lui-même, mais juste de conquérir davantage de confort dans l’idée que, lorsqu’il se confronte à la vie, il fait ses apprentissages et que vous êtes là pour le consoler ou l’aider à trouver des solutions, non pas à vous substituer à lui. De manière un peu caricaturale, je pourrais presque vous dire qu’à trop le protéger vous aller le fragiliser, car il n’apprendra pas petit à petit à se constituer ses propres systèmes de défense. Si vous n’arrivez pas à quitter ce sentiment diffus d’angoisse dès que votre enfant vous "échappe" en quelque sorte,  il serait intéressant de consulter. Un travail personnel pourrait vous aider à comprendre ce que cette peur désigne de votre rapport aux limites et même peut-être de votre propre enfance

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