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Accoucher autrement

Maisons de naissance : où en est-on aujourd'hui ?

Les maisons de naissance : la fin d'une culture ultra-médicale?

Là où nos voisins allemands, espagnols ou belges ont lancé avec succès leurs maisons de naissance il y a plusieurs années, la France a longtemps hésité. Après un premier texte officiel (abrogé) en 2007, les élus ont donné leur feu vert à ces établissements spécialisés dans la naissance physiologique et encadrés par des sages-femmes dans le cadre de la loi 2013(1). Mais ce n'est que fin 2015 (2), que 9 maisons de naissance ont été autorisées à ouvrir en France, à titre expérimental. Comment expliquer cette attente ? « ll y a une culture française de l'obstétrique assez figée. Il faut toujours beaucoup de temps au corps médical pour reconnaître qu'il faut changer, malgré des résultats moyens que même la Cour des Comptes (3) reconnaît » rappelle Chantal Ducroux-Schouwey, présidente du CIANE (Collectif Interassociatif Autour de la Naissance). Et de préciser :« Les obstétriciens et les anesthésistes ont freiné des deux pieds au nom de la sacro-sainte sécurité, alors qu'il y avait non seulement des solutions, mais une réelle demande pour une naissance physiologique ». Si cette demande est difficile à évaluer, entre 1 et 5 % des futures mères seraient, selon le CIANE, demandeuses d'un accouchement différent, moins interventionniste sur le plan médical.

Accoucher en confiance...

Permettre une naissance respectée, en phase avec la physiologie des futures mamans, c'est justement la vocation des maisons de naissance. Leur spécificité par rapport aux maternités classiques : proposer un accompagnement global par une ou deux sages-femmes dès le début de la grossesse et jusqu'à l'accouchement, toujours naturel, sans péridurale. « L'accompagnement global est intéressant parce qu'il permet de tisser un lien de confiance »  explique Marjolaine Cordier, sage-femme au CALM, la première maison de naissance testée en France dès 2008. « Le suivi prénatal et la préparation à la naissance sont réalisés en même temps dans le cadre d'une consultation pouvant durer jusqu'à 1h30. Les parents sont accompagnés en fonction de leur parcours et de leurs besoins. Ils se confient alors plus facilement, ce qui améliore encore le suivi. » Autre avantage non négligeable : l'accouchement est toujours encadré par la sage-femme référente pendant toute la grossesse. La naissance fait donc l'objet d'une observation très fine et là encore ultra-personnalisée, là où, dans les établissements traditionnels, les maïeuticiennes sont amenées à gérer parfois 4 ou 5 patientes à la fois, en plus des urgences...

Puis, une fois le bébé né, pas de séjour hospitalier, mais un suivi post-natal à domicile, là encore réglé au millimètre près pour que toute la famille prenne ses marques rapidement. « A partir du début du 9ème mois, la sage-femme est d'astreinte et peut être contactée par la maman à n'importe quel moment. Après la naissance, la démarche est la même : la praticienne est toujours joignable et un suivi à la maison est organisé. On réalise alors 3 visites minimum dans les 5 premiers jours puis on s'adapte. Si la maman a besoin d'être plus soutenue, on peut passer plus souvent », précise Marjolaine Cordier.

... et en sécurité

Un climat de confiance certes, mais qu'en est-il de la sécurité ? La loi a imposé un premier garde-fou pour limiter les risques dans ces maisons où gynécologues, anesthésistes et chirurgiens n'ont pas droit de regard. Les maisons de naissances doivent être adossées à une maternité pour assurer des transferts rapides si une intervention médicale s'avère nécessaire (déclenchement, césarienne d'urgence, etc.). La Haute Autorité de Santé s'est ensuite chargée d'encadrer très précisément les pratiques (4), pour là encore limiter les risques médicaux. « La sécurité est avant tout assurée par la sélection des patientes. Les femmes qui ont des antécédents de césarienne, d'intervention chirurgicale utérine, qui sont enceintes de jumeaux ou qui présentent une pathologie sont écartées dès le début de la grossesse, » souligne Marjolaine Cordier. Et de rappeler que la sélection ne se fait pas qu'à l'entrée : « Si une pathologie ou un risque de complication (diabète, présentation en siège) est décelé en cours de grossesse, la patiente est réorientée vers une maternité adaptée à l'accueillir. Et tous les dossiers sont réévalués au début du 9e mois de grossesse ! ».

Des frustrations, des réussites

Si les maisons de naissance complètent donc légitimement l'offre de soin périnatale depuis quelques mois, leur bilan reste, pour l'heure, en demi-teinte. Premier constat : avec seulement 9 maisons autorisées, il est aujourd'hui difficile de répondre à la demande des patientes, d'autant plus que certains de ces établissements n'ont toujours pas ouvert. Second écueil : la prise en charge par la Sécurité Sociale. « Les sages-femmes libérales exerçant en maison de naissance sont aujourd'hui obligées de faire des dépassements d'honoraires (à cause des astreintes, de la durée des consultations, ndlr.) et l'obligation de présence d'une deuxième sage-femme pendant l'accouchement n'est pas couverte l'Assurance Maladie. Une révision des quotas est indispensable » rappelle Chantal Ducroux-Schouwey. Contrairement aux suivis de grossesse classiques pris en charge à 100 %, accoucher en maison de naissance demande donc encore un petit investissement pour les futures mamans... Ce qui pose la question de l'égalité à l'accès aux soins.

Pour autant, associations et professionnels restent optimistes : l'expérimentation est une première étape avant l'ouverture espérée d'autres maisons de naissance dans les années à venir. Et, en attendant, ces nouvelles pratiques de la naissance auront forcément un impact positif sur la fameuse prise en charge à la française. « Avec le fonctionnement des maternités en réseau, il devient de plus en plus simple de s'inspirer des bonnes pratiques et des accompagnements différents mis en place dans certains établissements. Les maisons de naissance peuvent avoir cette capacité à créer une réflexion autour d'un accouchement respecté dans d'autres équipes... et créer ainsi un cercle vertueux » conclut la présidente du CIANE.

Maisons de naissance : qu'en pensent les gynécologues ? L'avis du Dr. Bertrand de Rochambeau, Président du SYNGOF (Syndicat des Gynécologues Obstétriciens de France)

« Les maisons de naissance répondent aujourd'hui à une demande très minoritaire en France. Si nous ne nous opposons pas à leur principe, nous mettons en garde contre la généralisation de ce type d'accouchement pour des raisons de sécurité et de financement. D'abord, la proximité immédiate d'une maison de naissance avec un établissement hospitalier représente à la fois un coût et une contrainte pour ce dernier. En effet, on ne peut pas avoir une équipe au garde à vous pour prendre le relais des pépins des autres. Cela impliquerait de prendre des risques pour la sécurité, qui nous ferait revenir aux années 50 ou 60. Même si elles sont très rares, certaines complications demandent une prise en charge de la mère et de l'enfant en quelques minutes. Or, comment cela peut-il être possible si la patiente n'a pas vu l'anesthésiste ou s'il n'est pas disponible ? Ensuite, il ne faut pas oublier que maintenir une sage-femme en poste fixe pour très peu de naissances représente un coût important pour l'Assurance Maladie. La question du financement des maisons de naissance se pose et nous attendons donc les résultats de l'expérimentation à paraître dans 2 ans.

Enfin, nous sommes conscients que nous avons des progrès à faire pour répondre aux attentes des patientes qui souhaitent un accouchement moins médicalisé. À ce titre, les unités d'accouchement physiologiques dans les maternités existantes représentent une alternative très sûre à développer »

Journaliste spécialiste du parenting, de la beauté, du bien-être. Auteure de Mon cahier Ma grossesse et moi, Mon cahier Forme et minceur après bébé, 100 conseils essentiels : la grossesse et Petit...
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