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Conférence

Catherine Gueguen: "Et si on changeait le regard sur l'enfant ?"

Des sciences neuro-affectives et sociales pour mettre des mots sur les émotions de l'enfant

Les sciences neuro-affectives et sociales sont des sciences récentes qui étudient ce qui se passe dans le cerveau de l'individu quand celui-ci a une relation émotionnelle avec une ou plusieurs autres personnes. Les dernières recherches sur le cerveau émotionnel de l'enfant révèlent comment les relations entre les parents et l'enfant transforment le cerveau émotionnel de ce dernier et agit sur ce qu'il est. Toute expérience émotionnelle a un impact sur le cerveau de l'enfant. Plus l'enfant est jeune, plus son cerveau est malléable et modifiable.

Le cas de Lucas pour comprendre les réactions du cerveau de l'enfant

Catherine Gueguen, pédiatre spécialisée dans la parentalité, illustre ses propos en prenant l'exemple fictif de Lucas.

A 3 mois, Lucas pleure dans son lit le soir

  • Si les parents ne répondent pas aux pleurs : des molécules de stress, appelées cortisol, vont alors être secrétées par le cerveau de l'enfant. La pédiatre indique qu'une trop grande quantité de cortisol dans l'organisme et ce de manière prolongée, peut détruire des cellules cérébrales importantes dans le cortex pré-frontal. L'enfant de 3 mois qui pleure ne peut s'apaiser tout seul. Son cerveau est encore immature, il ne peut se raisonner. Son cortex pré-frontal n'est pas encore capable de gérer ses émotions.
  • Si les parents maternent leur enfant et l'apaisent quand il pleure : le cerveau de l'enfant va maturer et l'hippocampe, une zone spécifique du cerveau qui nous permet de mémoriser et d'apprendre, se développera. Le maternage peut secréter dans le cerveau de l'enfant une molécule BDNF, qui permet aux cellules cérébrales de se développer en plus de l'ocytocine, une autre molécule qui permet le sentiment d'empathie et une diminution du stress. Ainsi, nous constatons que le maternage agit sur tout le système nerveux et permet de mieux gérer les émotions.
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A 2 ans, Lucas mord un de ses camarades

Son cerveau encore immature entraine des tempêtes émotionnelles, à la moindre contrariété. Lucas n'est pas caractériel ni capricieux. C'est simplement son cerveau archaïque qui le domine. Ce cerveau archaïque nous l'avons tous, c'est celui qui nous dote tous d'un instinct de survie. Poussé par un sentiment d'insécurité, Lucas a réagi en mordant son camarade. Ce n'est pas un acte de méchanceté de sa part, mais une manifestation de l'impulsivité de son cerveau immature.

Les conséquences néfastes de la violence et de l'humiliation physique ou verbale sur l'enfant 

La violence et l'humiliation entravent le bon développement du cerveau de l'enfant. Une centaine d'études sur la pratique de la punition corporelle (fessées et gifles) révèlent que cela peut entrainer des troubles du comportement chez l'enfant (agressivité, anxiété et dépression). La punition et la dévalorisation de la part des parents, entraine la naissance d'un stress chez l'enfant et empêchera son cerveau de maturer. Il va continuer à être dominé par ses impulsions à un âge où il doit déjà être plus raisonnable (entre 5 et 6 ans). Tout cela peut avoir des répercussions psychiques plus ou moins grave à l'âge adulte, comme la dureté, l'insensibilité, la violence et le développement d'attitudes antisociales.

> Lire notre article A quoi sert un coach parental ?

Les bienfaits de la bienveillance et du maternage 

Au contraire, si les parents comprennent ce que ressent l'enfant, par exemple, « Je comprends que tu sois en colère mais on ne mord pas, par contre je te fais confiance, en grandissant tu vas apprendre à ne plus mordre. », alors, le cerveau de l'enfant va maturer, il sera moins soumis à ses pulsions. La bienveillance et l'empathie vont murir le cerveau de l'enfant. Etre empathique, c'est être à l'écoute, ressentir les émotions, se mettre à la place de l'enfant. L'empathie se développe à chaque fois que l'on rencontre quelqu'un de bienveillant et d'empathique, même à l'âge adulte. C'est un cercle vertueux.

> Lire notre article Isabelle Filliozat: 5 conseils pour devenir un parent bienveillant

Un comportement pacifique pour changer notre vision des enfants

C'est une erreur de croire qu'en faisant souffrir les enfants, ces derniers vont « progresser ». Il ne faut cependant pas tout lui permettre. Il est nécessaire pour lui d'avoir un cadre. Il est bon de lui transmettre des valeurs et de poser des limites, mais toujours avec bienveillance. Ce n'est pas évident de modifier notre vision et notre comportement avec les enfants. Pourtant, il est nécessaire de les recontextualiser dans toute la société actuelle et de les comprendre en tant qu'être évoluant et ressentant des émotions.

Rédactrice bien-être spécialisée dans le parenting. ...
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